Faut-il légaliser l’euthanasie en France ?

«J’ai déjà dit quels soins affectueux les Utopiens ont pour les malades; rien n’est épargné de ce qui peut contribuer à leur guérison, soit en remèdes, soit en aliments. Les malheureux affligés de maux incurables reçoivent toutes les consolations, toutes les assiduités, tous les soulagements moraux et physiques capables de leur rendre la vie supportable. Mais, lorsque à ces maux incurables se joignent d’atroces souffrances, que rien ne peut suspendre ou adoucir, les prêtres et les magistrats se présentent au patient, et lui apportent l’exhortation suprême. Ils lui représentent qu’il est dépouillé des biens et des fonctions de la vie; qu’il ne fait que survivre à sa propre mort, en demeurant ainsi à charge à soi-même et aux autres. Ils l’engagent à ne pas nourrir plus longtemps le mal qui le dévore, et à mourir avec résolution, puisque l’existence n’est pour lui qu’une affreuse torture. «Ayez bon espoir», lui disent-ils, «brisez les chaînes qui vous étreignent et sortez vous-même du cachot de la vie; ou du moins consentez à ce que d’autres vous en délivrent. Votre mort n’est pas un refus impie des bienfaits de l’existence, c’est le terme d’un cruel supplice. » Obéir, dans ce cas, à la voix des prêtres interprètes de la divinité c’est faire une œuvre religieuse et sainte. Ceux qui se laissent persuader mettent fin à leurs jours par l’abstinence volontaire, ou bien on les endort au moyen d’un narcotique mortel, et ils meurent sans s’en apercevoir. Ceux qui ne veulent pas de la mort n’en sont pas moins l’objet des attentions et des soins les plus délicats; quand ils cessent de vivre, l’opinion publique honore leur mémoire.»

L’Utopie, Thomas More, 1516


En 2017, sur les 606 000 personnes décédées en France la moitié avait plus de 83 ans et un quart plus de 90 ans. [1] Indépendamment de l’âge, environ 150 000 Français meurent chaque année d’un cancer. En France, la très grande majorité des décès ne correspond donc pas à une mort brève et accidentelle mais relève d’un processus [2] lent et pour le moment inaltérable : le vieillissement et les maladies qu’il induit. Le vieillissement s’accompagne généralement d’un déclin des capacités physiques et cognitives, d’une plus grande fragilité du corps et surtout de douleurs très importantes pouvant durer des mois voire des années. De nombreuses personnes en fin de vie, et/ou parfois leurs proches, en viennent à suggérer que la mort serait peut-être une option préférable à une existence faite de souffrances conséquentes et sans grand espoir que celles-ci diminuent. Le nombre important de personnes concernées par une fin de vie lente et douloureuse, et le nombre bien plus important de personnes qui le seront dans le futur, m’amènent à penser que les manières dont nous devrions gérer la fin de vie constituent un enjeu majeur pour diminuer les souffrances dans le monde. 

Parmi les différentes méthodes de gestion de la fin de vie, je pense particulièrement que deux d’entre elles mériteraient une réflexion approfondie et éventuellement une plus grande considération : l’euthanasie active et le suicide assisté. De fait, à la fois l’euthanasie et le suicide assisté font partie de ces sujets qui, à mon sens, attirent très peu d’attention au regard de leur importance. Dire qu’il s’agirait de sujets tabous en France me paraîtrait même compréhensible tant la classe politique semble timide et réticente à se prononcer, pire, à simplement en parler. En dépit de l’affaire Vincent Lambert, fortement médiatisée, l’euthanasie et le suicide assisté ne sont pas parvenus à devenir des sujets de société, des sujets politique dignes d’un débat national. [3] 

Avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet je tiens cependant, par honnêteté et acquis de conscience, à préciser mes positions sur le sujet ainsi que l’objectif recherché par la rédaction de ce billet. Au cas où cela ne transparaissait pas suffisamment dans mon titre et mon introduction, je suis pour la légalisation de l’euthanasie active et du suicide assisté. J’essaierai cependant de présenter avec sincérité et honnêteté intellectuelle les arguments opposés à mes convictions les plus courants et les plus solides. 

Concernant mes objectifs, ils sont au nombre de cinq :
1) Présenter le sujet de manière honnête et dresser un bref panorama de la situation en France et dans quelques pays limitrophes.

2) Encourager les personnes qui me lisent, qu’elles soient d’accord ou non avec ma position, à considérer les questions autour de l’euthanasie comme un enjeu de société important.

3) Arguer en faveur de l’euthanasie et du suicide assisté.

4) Défendre l’idée que l’euthanasie et le suicide assisté sont des enjeux importants, pour lesquels nous sommes probablement à un point de basculement, et qu’ils auraient peut-être leur place au sein causes jugées importantes selon une perspective “altruiste efficace”.

5) Proposer quelques moyens d’agir.
Ceci étant dit, il est temps d’attaquer les choses sérieuses.


Définitions

À l’origine, le terme euthanasie désigne le fait d’avoir une mort douce, que cette mort soit naturelle ou provoquée. Entre temps son sens a pas mal évolué, et il désigne aujourd’hui une pratique s’inscrivant dans un contexte médical et visant à provoquer le décès d’un individu en fin de vie ou atteint d’une maladie incurable. Il existe néanmoins plusieurs types d’euthanasie ainsi que des notions relativement proches qui lui sont parfois associées. Essayons d’éclaircir un peu ce joyeux fouilli. 

Lorsque l’on s’intéresse aux moyens employés, il est d’usage de faire la distinction suivante : 

L’euthanasie active désigne un acte volontaire visant à abréger la vie d’un patient.

L’euthanasie passive consiste à l’arrêt d’un traitement ou d’instruments maintenant en vie un patient.

On peut cependant arguer, comme le font plusieurs associations et commentateurs, que cette distinction est en somme assez superficielle, que cela soit d’un point de vue déontologique ou conséquentialiste. Il ne me semble donc pas aberrant de considérer qu’il n’y a pas de différence éthique majeure entre les deux. Il est en revanche un autre type de distinctions, bien plus importantes, celles selon le type de consentement.

On parle d’euthanasie volontaire lorsqu’un individu disposant des capacités mentale et physique pour le faire demande de l’aide pour mourir. Bien que cela puisse être discuté, de nombreuses personnes considèrent qu’il est encore question d’euthanasie volontaire lorsqu’un individu n’a plus la capacité mentale et physique de demander de l’aide pour mourir mais qui a pu exprimer précédemment un tel souhait.

Lorsqu’en revanche on ne sait pas quel aurait été le choix de la personne est qu’elle n’est plus en mesure de s’exprimer on parle d’euthanasie non volontaire.

Enfin, on parle d’euthanasie involontaire si l’euthanasie est pratiquée sur un individu qui a eu l’occasion d’explicitement exprimer son opposition. L’euthanasie involontaire, que l’on peut considérer comme un meurtre, n’est évidemment défendue par aucune organisation en faveur de la légalisation de l’euthanasie. On pourrait même considérer qu’employer le mot euthanasie dans ce cas précis reviendrait à un dévoiement du terme.

Bien qu’en partie différente, il existe une autre pratique associée à l’euthanasie : le suicide assisté, également appelée “aide au suicide” ou “aide à la fin de vie” si l’on tient à évacuer la connotation négative du terme suicide. 

Le suicide assisté diffère de l’euthanasie en cela que la mort n’est pas déclenchée par un tiers, mais par le patient lui-même après qu’on lui ai fourni l’environnement et les moyens nécessaires. À mon sens, la principale différence entre l’euthanasie et le suicide assisté est cependant plutôt d’ordre philosophique. Si en général l’euthanasie est plutôt évoquée dans le cas d’un patient en fin de vie, le suicide assisté peut concerner des personnes ayant potentiellement encore de longues années à vivre, mais qui ont durablement manifesté leur souhait de mettre fin à leur vie. Par exemple à la suite (ou par crainte) d’une grande perte d’autonomie ou d’une dépression persistante. Si en France les débats autour de la fin de vie sont généralement accaparés par la question de l’euthanasie, le suicide assisté y fait sporadiquement son apparition, par exemple lors de l’affaire Humbert [4]. Enfin, parce que je pense que les frontières entre l’euthanasie active et le suicide assisté sont relativement poreuses (et je prends le pari que vous arriverez à la même conclusion à l’issue de votre lecture), ce dernier sera souvent inclus dans la réflexion menée dans ce billet lorsque je parlerai “d’euthanasie”. 


Etat des lieux de la légalisation de l’euthanasie

Bien que certains pays aient très tôt légiféré sur l’euthanasie et le suicide assisté (par exemple la Suisse a rendu le suicide assisté légal dès 1942), les débats autour de leur légalisation restent relativement jeunes et la situation très inégale selon les pays. Aujourd’hui, seule une poignée d’états autorisent l’euthanasie active : la Belgique, la Colombie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Canada et de facto le Japon (sous-réserve d’un certain nombre de conditions) [5]. Concernant le suicide assisté, il est légalisé en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, dans quelques états des Etats-Unis et d’Australie. Bien qu’il ne soit pas légal en Belgique, l’extension progressive de la loi de 2002 légalisant l’euthanasie semble aller dans ce sens, avec plusieurs cas de suicides assistés très médiatisés. [6]

Législation et pratique judiciaire dans le monde. En bleu foncé : euthanasie active légale. En bleu clair : euthanasie passive légale. En rouge : euthanasie illégale.  En blanc : situation légale ambiguë ou inconnue. Source : wikipedia. 


Dans les pays où elle est légale, l’euthanasie semble être soutenue par une large majorité de la population. C’est le cas par exemple de 77 % des Canadiens [7], 75 % des Suisses (pour le suicide assisté) [8], d’une écrasante majorité des Belges (73 % [9] étaient en faveur de l’extension aux mineurs du droit à l’euthanasie, on peut imaginer qu’ils sont encore plus à soutenir l’euthanasie “en général”). Il est cependant difficile de savoir si ce soutien a augmenté ou stagné avec la légalisation. Si au Canada un sondage de 1993 trouvait à peu près le même chiffre [7] il semblerait qu’en Belgique la légalisation de l’euthanasie ait entraîné sa normalisation et un soutien (ainsi qu’un recours) à l’euthanasie de plus en plus important. [10]

En France, l’euthanasie active semble également bénéficié d’une forte adhésion. Un sondage Ipsos de 2019 pour Lire la Politique relevait ainsi que 96 % des français étaient en faveur d’une loi de légalisation de l’aide active à mourir. [11]

Source : sondage Ipsos de 2019 pour Lire la Politique

Quand on regarde dans le détail, on peut néanmoins nuancer cette information en soulignant que cette unanimité autour de l’euthanasie ne concerne que la légalisation d’un droit à l’euthanasie “encadré et possible uniquement en cas de souffrances graves et incurables”. Un droit à l’euthanasie quelles que soient les conditions de santé (et on se rend compte ici de la frontière poreuse avec le suicide assisté) n’obtenant “que” 36 % d’adhésion. Ce qui semble assez clair cependant, c’est que seulement 4 % des sondés s’opposent à un quelconque droit à l’euthanasie en France. Un chiffre extrêmement bas qu’on trouvera très encourageant ou désolant, mais qui ne manquera pas de nous faire nous interroger quant à l’absence totale de ce sujet “tabou” dans le débat politique. Par curiosité, j’ai lancé mon propre sondage via Twitter (sans aucune prétention à un échantillonnage représentatif) et je suis tombé sur des chiffres relativement similaires.

Ce que je trouve intéressant dans ce sondage, au-delà de l’apparente unanimité en faveur d’une législation sur la fin de vie, c’est qu’il est représentatif (vous l’avez ?) des conceptions différentes autour du droit à l’euthanasie. Notamment : jusqu’où devrait-il s’étendre ? Plus encore, il reflète parfaitement un consensus plutôt mou autour de l’euthanasie, brillamment illustré par le tweet suivant de l’ami Inugami (du super blog How I met your Tofu) :

Finalement, il apparaît ainsi compliqué de parler “d’un droit à l’euthanasie” qui évoquerait en chacun la même chose. Si “l’euthanasie” fait encore débat c’est bien car dans certains cas elle semble être une solution quasi-évidente (exemple : un patient en phase terminale qui souffre le martyr et n’a plus que quelques jours à vivre), alors que d’autres fois elle n’est peut-être pas la meilleure option (exemple, en débordant volontairement sur les plates bandes du suicide assisté : quelqu’un qui a encore plusieurs années d’espérance de vie mais souffre d’une lourde dépression).

Etant donné l’infinité de cas possibles, il est délicat de trancher en disant « dans ce cas X il faut autoriser l’euthanasie, mais pas dans ce cas Y » car il existera toujours des cas atterrissant dans une zone grise au regard des règles que l’on aura fixées. Pourtant, ce n’est pas parce qu’il est ardu de trancher que la meilleure solution est de ne pas trancher du tout, de conserver le statu quo. 

Avant d’aller plus loin dans la réflexion et de prétendre grâcieusement vous offrir LA solution à un problème si complexe, je vous propose un petit détour très wikipediesque en présentant les arguments les plus couramment utilisés en faveur et à l’encontre de la légalisation de l’euthanasie.


Les arguments autour de l’euthanasie présentés à la façon d’un exposé d’élève de CM2

Bien que je vais essayer d’être le plus sincère possible dans ma présentation il se peut évidemment que ma conviction personnelle, en faveur de l’euthanasie, biaise mon propos. L’ordre dans lequel sont exposés les arguments est totalement aléatoire.

Liberté et autonomie 

À la manière dont les personnes défendant le droit à l’avortement scandent le slogan “mon corps mon choix”, un argument en faveur de l’euthanasie pourrait reposer sur les mêmes fondements. À savoir : le droit à la liberté et l’autonomie par rapport à son propre corps. Cet argument peut néanmoins se heurter à deux critiques.
D’une part concernant ses implications puisqu’un tel argument, très libéral, justifierait également le droit de vendre son propre sang et ses organes, le cannibalisme consenti, la légalisation de la prostitution, etc. Or, je ne suis pas sûr que les personnes défendant l’euthanasie soutiennent également l’ensemble des pratiques susmentionnées. Cela dit, on pourrait contourner le problème en mettant plutôt en avant un droit à la liberté concernant non plus son corps, mais son existence. On retombe alors à mon sens sur le principe de droit à la vie maintenant étendu à la fin de vie [12].
D’autre part, certains commentateurs ont souhaité mettre l’accent sur le caractère contraint de la demande d’euthanasie, notamment par la douleur, le sentiment d’abandon, et même le désespoir. De fait, l’euthanasie serait incompatible avec l’exercice d’une authentique liberté. Cet argument me semble cependant peu pertinent tant il est paternaliste et justifierait de ne jamais prendre en compte le vécu et les choix de n’importe quel patient, pour n’importe quel problème. [13]

Dignité

S’il est une expression qui revient souvent lorsque l’on parle d’euthanasie, c’est bien celle de dignité humaine. Notion vague, voire un peu fourre-tout, qui est ressortie des limbes pour justifier l’interdiction du lancer de nains [14], elle est principalement employée par les défenseurs de l’euthanasie, mais également par ses détracteurs [15]. Pour être honnête, l’argument de la dignité humaine me semble si circulaire que je vois mal comment en tirer quoique ce soit qui ne soit pas déjà couvert par les autres arguments employés lors des débats sur l’euthanasie.

Diminuer la souffrance
L’argument le plus courant, et à mon sens le meilleur, en faveur de la légalisation de l’euthanasie active et du suicide assisté consiste à promouvoir leur capacité à mettre fin à des souffrances inutiles. De fait, on ne compte plus le nombre de témoignages de personnes ayant perdu un proche dans d’atroces souffrances, et ce malgré l’apport de soins palliatifs. Par ailleurs et comme le souligne Olivier Bertrand, président d’Altruisme Efficace France qui s’est beaucoup intéressé à la question de la douleur : “il ne s’agit souvent pas que de souffrances psychologiques liées à la perte d’autonomie et au sentiment d’être « diminué », mais aussi de douleurs souvent intenses et récurrentes liées au fait qu’en fin de vie le corps dysfonctionne de plus en plus (c’est bien ce qui cause in fine la mort) et que la fonction évolutionniste d’alerte qu’est la douleur continue à jouer son rôle même quand il n’y a pas de réponses d’évitement possibles. Certaines pathologies en phase terminale comme le cancer (qui ne surviennent d’ailleurs pas qu’en fin de vie) peuvent notoirement être d’un niveau comparable à la torture, et les soins palliatifs (lorsque les personnes ont la chance d’en bénéficier) ne sont souvent qu’une réponse partielle”. 

Si certains commentateurs craignent que la légalisation de l’euthanasie fragilise la médecine palliative, il s’agit à mon sens d’une erreur, puisque les deux approches se complètent plus qu’elles ne s’opposent. Les personnes favorables à l’introduction de l’euthanasie dans la loi sont en général tout aussi favorables à l’accès et au développement des soins palliatifs (souvent jugés prioritaires), justement parce qu’elles cherchent à éviter des souffrances inutiles. Malheureusement, les soins palliatifs ne sont parfois pas suffisants pour épargner des douleurs terribles. Enfin, les personnes souhaitant recourir à l’euthanasie soulignent également l’importance de souffrances psychologiques importantes, liées à la perte de contrôle de ses facultés et au sentiment de n’être plus que l’ombre de soi-même.

Mais les gens ne risquent-ils pas de céder à l’euthanasie trop facilement ?

Il me semble que les craintes sur le fait que des personnes souhaiteraient mettre fin à leurs jours de manière futile sont exagérées, je me permets à nouveau de citer Olivier Bertrand : “L’instinct de survie ne semble pas diminuer avec l’âge, et dans des conditions normales la plupart des êtres humains sont capables d’endurer de grandes souffrances quand ils voient une raison de les supporter. De ce fait il semble probable que les gens qui souhaitent en finir sont dans une grande majorité des cas dans des situations de souffrance telles qu’il me semble moralement peu défendable d’aller de manière paternaliste à l’encontre d’un souhait exprimé clairement et de manière répétée (a contrario il semble plausible que beaucoup de gens qui souffrent énormément et de manière plus ou moins irrémédiable n’aient pas le courage d’exprimer un tel souhait).”

Coût
Pour persévérer dans une approche utilitariste de l’euthanasie, on peut également avancer que l’acharnement thérapeuthique ainsi que les soins coûteux apportés à des patients en fin de vie, parfois contre contre leur gré, mobilisent un certain nombre de ressources pour des pratiques affligées d’un faible impact positif. Voire d’un impact négatif lorsque les patients estiment que leur vie ne vaut plus la peine d’être vécue en raison de souffrances insoutenables. De telles ressources pourraient être utilisées à meilleur escient, par exemple pour élargir l’arsenal des soins palliatifs. Cependant, comme parfois avec l’utilitarisme, un tel raisonnement peut mener à des conclusions répugnantes lorsque il est appliqué jusqu’au bout. Dans le cas de l’euthanasie il pourrait potentiellement prescrire, sous prétexte de maximiser l’utilisation des ressources médicales au profit des patients dont la vie peut être sauvée, de considérer comme un fardeau les ressources destinées à maintenir en vie des gens qui ne peuvent plus rien apporter à la société. Je pense que l’on peut toutefois totalement évacuer une telle inquiétude si l’on se limite à légaliser l’euthanasie volontaire. Toutefois, cette réflexion permet d’alerter sur le fait qu’il ne faudrait pas qu’une personne veuille recourir à l’euthanasie pour de “mauvaises” raisons : c’est-à-dire des raisons qui ne soient pas inhérentes à sa condition et son état de santé. De fait, si un individu souhaite mourir à cause d’un sentiment de rejet, d’isolement ou de manque d’accessibilité de la société, on est en droit de se demander s’il est alors moral de le laisser mettre fin à sa vie.

Religion
Nous nous imaginons souvent l’opposition à l’euthanasie comme motivée pour des raisons religieuses et la croyance au caractère sacré de la vie humaine. N’étant pas le plus fin des théologiens, je ne m’aventurerais néanmoins pas sur ce terrain. Toutefois, nous aurions tort d’imaginer tous les croyants d’une même religion comme des personnes aux principes moraux identiques. Ainsi, il semblerait que 59% des chrétiens soutiennent l’euthanasie. On peut également penser, comme moi, que les religions ne sont pas d’un grand secours pour déterminer ce qui est moral ou non [16]. 

Euthanasie clandestine
Un autre argument, loin d’être propre à l’euthanasie, consiste à souligner qu’effectuer une euthanasie dans un cadre médicalisé et sécurisé évite des pratiques qui auraient quand même eu lieu de façon clandestine, permettant ainsi de placer les individus dans des conditions de bon encadrement des pratiques et de sécurité juridique. L’argument me semble également pertinent lorsqu’il est appliqué au suicide assisté. En effet, environ 10 000 personnes se suicident chaque année en France, dont une partie de manière très violente et probablement extrêmement douloureuse. La légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté permettrait donc d’offrir une fin de vie plus confortable à ces personnes. 

Légaliser le suicide assistés augmenterait le nombre de suicides
Toutes les tentatives de suicide n’aboutissent pas, et malheureusement certaines d’entre elles entraînent également des dommages irréversibles et des handicaps à vie. La mise en place d’une procédure de suicide assisté (qui s’accompagne d’un suivi psy dans les pays où elle existe) permettrait aux personnes désireuses de mettre fin à leurs jours de ne pas être dans l’urgence et pouvoir discuter sereinement de leur volonté de cesser de vivre. En fait, il est même possible que la légalisation du suicide assisté diminue le nombre de tentatives de suicides, bien que je n’ai pas réussi à trouver de données à ce sujet. Je me permets néanmoins de citer un passage de la brochure[17] de Dignitas, une association suisse d’aide à la fin de vie : “L’expérience montre qu’en fait très peu d’adhérents font usage de la prestation d’aide au suicide. La déclaration de volonté (directives anticipées) leur procure habituellement une sécurité suffisante. Si leur volonté est respectée et que toute mesure prolongeant la vie est évitée, ces personnes, lorsque leur état de santé devient critique, décèdent d’une mort naturelle. Le fait d’être membre de DIGNITAS donne cependant aux adhérents l’assurance de pouvoir dire, en cas de souffrance prolongée et irrémédiable : « Cela suffit, je veux pouvoir mourir maintenant ». Pour des personnes adultes et responsables, il est extrêmement important d’avoir cette assurance.”

Pente glissante

L’argument de la pente glissante est régulièrement avancé par les opposants à l’euthanasie. Il résulte de l’idée qu’il est illusoire d’espérer le maintien d’une forme d’euthanasie limitée et encadrée. Ainsi, même si elle était dépénalisée sous des conditions strictes, l’euthanasie tendrait à devenir un acte normal voire banal. Dès lors, il vaudrait mieux s’abstenir de légiférer, même timidement, sur l’euthanasie sous peine de dévaler entièrement la pente. Le rapport Sicard publié en 2012 en France fait écho à cette crainte : « la pratique euthanasique développe sa propre dynamique résistant à tout contrôle efficace et tend nécessairement à s’élargir. » Si l’on se réfère à l’historique des pays ayant légalisé l’euthanasie afin de juger la pertinence de cet argument, le tableau est ambiguë. Si certains pays, comme la Belgique, semblent justifier la crainte d’une pente glissante, ce n’est pas nécessairement le cas partout ailleurs. Cela dit, je pense qu’il est possible de poser la question autrement : est-ce grave de dévaler toute la pente ? La plupart des arguments mis en avant pour promouvoir la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté défendent une vision “forte” de l’euthanasie qui ne se limite pas forcément aux cas les plus évidents. Si la Belgique a en effet fini par adopter une législation de plus en plus permissive sur l’euthanasie, la situation actuelle n’a rien de dystopique à mon sens. 

Rôle de l’Etat et du médecin

Pour citer la philosophe Marta Spranzi, que je ne connaissais pas avant de lire la page wikipedia [18] de l’euthanasie : « le fait d’autoriser explicitement des membres du corps médical à donner la mort, ne fût-ce que dans l’intention louable de soulager les souffrances des patients, est perçu, notamment par les médecins eux-mêmes, comme plus problématique encore que la réalité du geste lui-même, accompli dans le silence de la relation médicale », notamment en raison des dérives possibles. Concernant les médecins qui seraient opposés à l’euthanasie, il me semble assez évident qu’il serait contre-productif de les contraindre à la pratiquer. On peut ainsi aisément imaginer l’existence d’une clause de conscience assez similaire à celle existant pour l’avortement. Si l’abolition de la peine de mort a retiré à l’Etat le droit d’ôter la vie, l’introduction dans la loi de l’euthanasie lui (re)donnerait en quelque sorte. On a alors tôt fait de penser à l’Etat nazi (vous l’avez ?) et à l’Aktion T4 qui a résulté en l’euthanasie non volontaire (à mon sens on peut donc parler d’un dévoiement du terme “euthanasie” puisque le programme ne visait pas à adoucir la mort ni à épargner des souffrances) de 100 000 personnes en situation de handicap. Je tends cependant à penser que si un gouvernement autoritaire arrivait au pouvoir, il se ficherait bien que l’euthanasie soit légale ou non pour mener des politiques eugénistes immorales.


Après ce long exposé, quel est donc ta solution miracle Tom ?

Si j’entends qu’il existe des arguments anti-euthanasie pertinents et indispensables à prendre en compte, je n’en demeure pas moins convaincu qu’il serait moralement juste de légaliser l’euthanasie active et le suicide assisté. Principalement parce qu’à mon sens ils préviendraient une quantité importante de souffrances, mais également car ils permettraient à nombreuses personnes de vivre dans la sérénité de ne pas finir un jour dans une situation de souffrance terrible, incapables d’obtenir qu’on mette fin à leur existence. En Belgique, 2% des décès sont la conséquence d’une euthanasie. [19] En France, cela correspondrait à 12 000 personnes par an à qui l’on pourrait chaque année épargner des souffrances d’une intensité difficile à concevoir pour qui ne les a pas vécues. Et ce sans compter la douleur des proches de voir un être cher dépérir et souffrir.

Dans la mesure où l’euthanasie deviendrait légale je pense que chaque personne devrait être dans l’obligation légale de remplir un document officiel (modifiable à n’importe quel moment) qui indiquerait dans quels cas de figure elle souhaiterait être euthanasiée, au cas où elle ne soit pas en mesure d’exprimer son choix le moment venu. De cette manière, on s’assurerait que toutes les euthanasies pratiquées soient volontaires. Un tel document existe déjà plus ou moins : il s’agit des directives anticipées que je détaille un peu plus bas.

Bien évidemment, l’euthanasie ne saurait se substituer aux soins palliatifs, les deux étant complémentaires bien plus qu’exclusifs. Afin de s’assurer que l’euthanasie soit la bonne solution pour diminuer les souffrances d’un patient, il est indispensable que celui-ci n’ait subi aucune pression tout en s’étant vu proposer un ensemble de solutions alternatives.  

Enfin, les procédures de suicide assisté devraient quasi systématiquement inclure un suivi psy, et s’assurer que le patient ait durablement manifesté le souhait de mettre fin à son existence. On risque ainsi de limiter les “mauvaises décisions” [20] voire le nombre total de suicides, en offrant aux personnes qui y songent l’occasion d’en parler librement avec des professionnels expérimentés. 

En légalisant l’euthanasie et le suicide assisté selon ces conditions, je pense qu’il est possible d’obtenir une situation qui soit juste tout en limitant le nombre de dérives possibles. Bien sûr, on ne sera jamais à l’abri de situations difficiles à trancher [21], mais je pense que dans 99% des cas ce système serait satisfaisant. La proposition de loi réalisée par l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité me semble réunir la plupart des critères que j’ai évoqués, et constitue ainsi une base intéressante pour réfléchir à ces questions. 

De par son soutien important dans la population, l’euthanasie est aujourd’hui à un point de basculement. Il est possible qu’avec peu d’efforts et un coût minimal, elle soit introduite dans la loi et permette de diminuer la souffrance de dizaines de milliers de personnes chaque année. C’est pourquoi je pense qu’oeuvrer en sa faveur soit l’une des choses les plus efficaces que l’on puisse faire pour rendre le monde meilleur, et j’aspire d’ailleurs à ce que le mouvement de l’altruisme efficace s’empare de cet enjeu.


Ok, tu m’as convaincu, maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

Il existe plusieurs moyens de faire avancer la législation sur l’euthanasie, et les actions de plaidoyer peuvent être relativement peu coûteuses. A minima, adhérer à une association comme l’ADMD permet à celle-ci de se prévaloir du soutien d’un grand nombre de personnes, et ainsi d’augmenter ses moyens d’influencer la décision publique à ce sujet. Je vous mets également un lien vers leur pétition que je vous invite à signer. Plusieurs moyens d’agir sont également suggérés sur leur site internet.

Par ailleurs, un relecteur m’a pertinemment fait remarquer que je n’avais pas abordé les sujets de la personne de confiance et des directives anticipées, or ils constituent un premier pas pour fournir plus d’autonomie aux patients concernant la fin de vie. 

“Toute personne majeure peut, si elle le souhaite, faire une déclaration écrite appelée directives anticipées pour préciser ses souhaits concernant sa fin de vie. Ce document aidera les médecins, le moment venu, à prendre leurs décisions sur les soins à donner, si la personne ne peut plus exprimer ses volontés.” [22] En revanche, cette déclaration n’a rien de contraignant, et c’est bien le médecin qui aura le dernier mot. Pour en savoir plus, vous pouvez lire cette fiche de l’ADMD ou la page concernée sur le site service-public.fr. Je vous mets également un lien vers un modèle de formulaire si vous souhaitez faire vos propres directives anticipées.

“Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance (parent, proche, médecin traitant…) qui pourra l’accompagner et l’assister dans ses démarches concernant sa santé ou témoigner de sa volonté auprès de l’équipe médicale dans l’hypothèse où elle serait hors d’état de s’exprimer.” Là encore je vous mets en lien une fiche de l’ADMD, la page du site service-public.fr et un modèle de formulaire

Ce même relecteur a également fait remarquer qu’effectuer les démarches pour exprimer ses directives anticipées et désigner une personnes de confiance peuvent être des actions efficaces concernant la thématique de la fin de vie, notamment pour les raisons suivantes :

  • À l’heure actuelle, il s’agit de manière la plus efficace et la plus sûre pour faire connaître ses souhaits. Pour autant, il n’y a pas de certitudes que ceux-ci soient respectés le moment venu.
  • C’est également la manière la plus efficace d’éviter (ou au moins limiter) aux proches la douleur et l’angoisse  de la prise de décision.
  • Cela permet aussi de limiter les risques de conflits, et la douleur qui les accompagne, parmi la famille.
  • Enfin, cela va dans le sens d’une démarche militante. On peut ainsi émettre l’hypothèse que plus le nombre de personnes à faire cette démarche sera important, plus les pouvoirs publics prendront en compte cette problématique.

Enfin, et d’une manière générale, je pense qu’il faut essayer au maximum de politiser et médiatiser cet enjeu. Montrer à quel point il est important et attendu, voire soutenu, par les citoyens. Il faudrait que l’euthanasie devienne un sujet de société et de revendications au même titre que le manque de fonds des hôpitaux. Si vous avez la possibilité d’écrire des articles ou des tribunes avec le potentiel d’atteindre une audience considérable, c’est tant mieux, et sinon il est toujours possible de partager de tels articles autour de vous (celui-ci par exemple héhéhé).

De nombreuses actions sont certainement envisageables, et je ne manquerai pas d’amender cet article en fonction des retours qu’il suscitera. 


Tom Bry-Chevalier


[1] Ce nombre est issu de cette entrée de wikipedia qui est par ailleurs très intéressante : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mortalit%C3%A9_en_France#%C3%89volution_de_l’%C3%A2ge_de_d%C3%A9c%C3%A8s 

[2] Certaines personnes, notamment les transhumanistes (mais pas seulement), défendent l’idée que le vieillissement est une maladie. Je trouve leurs arguments suffisamment intéressants pour vous inviter à en prendre connaissance ici.

[3] Je conçois que de nombreuses personnes puissent être en désaccord avec moi sur ce point. Le cas échéant, formulons les choses autrement : les débats médiatiques et politiques autour de l’euthanasie et du suicide assisté n’ont pas été à la hauteur des enjeux qu’ils représentent.

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Vincent_Humbert 

[5]  https://www.waseda.jp/folaw/icl/assets/uploads/2014/05/A02859211-00-000270001.pdf 

[6] https://www.alliancevita.org/2017/06/euthanasie-en-belgique-bilan-de-15-ans-de-pratique/ (source venant d’une association opposée à l’euthanasie et au suicide assisté).

[7] https://www.ipsos.com/en-ca/canadians-views-euthanasia 

[8] https://www.amge.ch/2009/04/09/assistance-au-suicide-75-des-suisses-disent-oui/

[9] https://www.lesoir.be/art/427861/article/actualite/belgique/2014-02-13/l-euthanasie-des-mineurs-adoptee-pas-question-l-imposer-qui-que-ce-soit 

[10] https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/En-quinze-ans-leuthanasie-sest-banalisee-Belgique-2017-12-05-1200897044 

[11] https://www.admd.net/articles/sondages/96-des-francais-sont-favorables-leuthanasie.html
Pour les personnes que cela intéresse, je mets également ce lien vers un sondage datant de 2017 qui inclut en plus de nombreuses données démographiques sur l’adhésion à l’euthanasie et d’autres enjeux bioéthiques. 

[12] D’ailleurs, selon wikipedia :”Le droit à la vie a déjà été utilisé pour invoquer un droit à mourir (euthanasie). L’humain en pleine disposition de ses facultés ayant le droit de décider de son destin. Cette argumentation a été posée lors de l’arrêt Diane Pretty devant la Cour européenne des droits de l’homme le 29 avril 2002 mais a été refusée.”

[13] À vrai dire, cet argument me semble potentiellement dangereux et capacitiste/validiste.

[14] Et ce n’est pas une blague. Pour connaître toute l’histoire : https://chevaliersdesgrandsarrets.com/2012/01/24/morsang-sur-orge/ 

[15] Pour un exemple concret, voir par exemple la partie consacrée sur wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Euthanasie#La_vision_de_la_dignit%C3%A9_de_la_vie_humaine .

[16] À ce propos, je conseille les vidéos de monsieur phi : https://www.youtube.com/watch?v=6U9WBN0Sck8 

[17] L’intégralité de la brochure est disponible ici. Je conseille vivement sa lecture qui m’a pas mal fait réfléchir et permis de mieux comprendre comment fonctionne le suicide assisté.

[18] J’ai d’ailleurs été assez surpris de constater que la très grande majorité des arguments exposés sur la page wikipedia allaient à l’encontre d’une légalisation de l’euthanasie. Si des personnes en faveur de l’euthanasie souhaitent rééquilibrer la page, je pense qu’il s’agirait d’une action possiblement efficace.

[19] Source, avec plein d’autres données intéressantes notamment sur le profil des gens recourant à l’euthanasie : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5088089/ 

[20] Par “mauvaise décision” j’entends ici une personne qui se serait faite euthanasiée, alors qu’elle aurait plus tard été heureuse de vivre. En plus des raisons déjà évoquées qui limitent ce risque, et des procédures à mettre en place pour le diminuer davantage, il me semble qu’il existe des cas de figure où la baisse de satisfaction par rapport à son existence a moins de risque de n’être que temporaire. Typiquement, pour ce qui est du handicap, différentes études suggèrent que les personnes atteintes d’une maladie dégénérative témoignent d’une moins grande satisfaction dans leurs vies que les personnes valides ou avec un handicap stable. Or, la sénescence peut à bien des égards être comparée à une maladie dégénérative. Toutefois, l’adaptation hédonique est quelque chose de complexe et difficile à anticiper, et ce genre de considération pourrait probablement bénéficier de résultats empiriques supplémentaires.

[21] Même après pas mal d’heures à réfléchir sur le sujet, il existe des cas de figure ou des arbitrages qui me laissent encore perplexe. Imaginons qu’une personne de 80 ans manifeste le souhait de ne plus continuer à vivre après un certain niveau de perte d’autonomie (disons seuil d’autonomie Y) mais que cette même personne, à 85 ans et alors qu’elle est en dessous du seuil d’autonomie Y, manifeste de temps en temps son intention de continuer à vivre. Devrait-on s’en tenir à la volonté de cette personne à 80 ans ou à 85 ans ? Naturellement on a envie de se limiter à sa volonté actuelle. Mais je pense qu’il y a potentiellement de bons arguments pour prendre en compte le choix de cette personne lorsqu’elle avait 80 ans. Par exemple, si l’idée de devenir dépendante et diminuée est insupportable à cette personne au point de lourdement impacter son bonheur au quotidien, lui offrir l’assurance qu’elle sera euthanasiée, une fois que certaines conditions qu’elle a mis en place seront atteintes, pourrait lui offrir une sérénité et une satisfaction jusqu’à ses 85 ans supérieure au bonheur qu’elle aurait ressenti en continuant à vivre passé 85 ans.

Enfin je ne suis pas encore très au clair sur l’importance que l’on devrait donner au bonheur des proches, et à leur souffrance de voir quelqu’un qui leur est cher diminuer (notamment dans le cas d’une diminution intellectuelle importante telle qu’entraînée par la maladie d’Alzheimer). Je ne sais pas si, dans l’hypothèse où la souffrance des proches serait supérieure au plaisir de la personne âgée déclinante, ce serait la bonne chose à faire que de songer à l’euthanasie. 


[22] La loi du 2 février 2016, dite 3e loi Leonetti, à l’article L. 1111-11 du code de la santé publique, prévoit que “les directives anticipées s’imposent au médecin pour toute décision d’investigation, d’intervention ou de traitement, sauf en cas d’urgence vitale pendant le temps nécessaire à une évaluation complète de la situation et lorsque les directives anticipées apparaissent manifestement inappropriées ou non-conformes à la situation médicale. La décision de refus d’application des directives anticipées, jugées par le médecin manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale du patient, est prise à l’issue d’une procédure collégiale définie par voie réglementaire et est inscrite au dossier médical. Elle est portée à la connaissance de la personne de confiance désignée par le patient ou, à défaut, de la famille ou d’un proche.”

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